03.02.2008
Les voisins
Ce petit texte est en fait un devoir que j'ai du rendre pour l'atelier d'écriture à la fac. Le sujet était de raconter un fait divers sous le prisme de 4 personnages (le début, le milieu, la fin et les conséquences), un fait divers qu'on avait la liberté d'inventer si on le voulait.
Les voisins
Ma voisine me dérange tout le temps. J'arrive pas à dormir. Elle m'espionne. Et eux ils rigolent. Ils sont toujours en train de rigoler ; et Ils me regardent. Ils sont toujours en train de me regarder. Avec leurs visages noirs. Comme la haine. Je les hais ! Elle et sa fichue manie de me rabaisser tout le temps, devant tout le monde. Les autres croient que je suis folle ! Ils croient que je suis bonne pour la camisole, et ils me forcent à avaler des cachets dégoûtants. J'ai l'impression de pas exister. Et j'arrive pas à la battre, j'arrive pas à l'abattre. Elle est beaucoup trop forte. Et Eux trop malins. Un soir elle voulait revenir ma voisine, je la voyais dans le miroir avec son air sournois. Elle me disais que j'étais une moins que rien, que je valais pas grand chose. J'avais peur, je tremblais...
... comme une feuille ! C'était pathétique à voir. Elle est tellement faible, elle ne sait rien faire de ses dix doigts. Elle sait juste dessiner, mais ça ne la mènera nulle part. Moi j'essaye de l'aider, de la faire évoluer. C'est elle qui ne veut pas, elle ne veut pas de moi. Elle m'appelle sa "voisine" mais elle ne me tolère pas. Et elle dit que ça la gène qu'ils soient toujours là à la regarder, mais ils sont juste curieux. Personne ne veut lui faire de mal. Moi je veux juste qu'elle arrêter de se plaindre, qu'elle arrête de pleurnicher. Je vous jure que l'autre soir devant le miroir de la salle de bain, avec ses yeux rouges et ruisselants de larmes, et la chair de poule qui faisait comme des pics sur sa peau, elle était pathétique. Elle essaye de me faire comprendre qu'elle ne m'aime pas, et à chaque fois elle trouve quelque chose de différent. Elle choisi toujours la facilité, sans jamais vraiment se battre. Cette fois là c'était la lame de rasoir. Très original n'est-ce pas...
Moi je tremblais comme une feuille. Un truc pareil qui arrive, on s'y habitue pas. A chaque fois je dis que je vais la mettre dans un établissement spécialisé, mais elle me dit qu'elle a trop peur, "qu'ils" vont revenir et "qu'elle" va encore la rabaisser. Elle ne veut pas voir de médecins, elle ne veut pas être sous traitement, elle dit que ça finira par l'abattre. Je sais jamais comment réagir, et pourtant c'est la huitième fois qu'elle fait ça. J'ai tellement peur qu'il lui arrive quelque chose, qu'elle perde sa réelle identité... Mais au fond je crois que je ne sais pas qui elle est véritablement. Quand elle parle je ne sais jamais si c'est Anaïs ou si c'est l'autre qui est en elle, celle qu'elle appelle "elle" ou bien sa "voisine" ? Je me rappelle quand ils l'ont diagnostiquée, le choc que j'ai reçu. Elle ne s'en rendait pas vraiment compte bien sûr. Je ne vis pas dans son monde, mais à chaque crise, chaque fois qu'elle essaye de s'edn débarasser - et elle échoue, heureusement - j'ai l'impression que sa vie devient un véritable cauchemar.
Pour elle c'est comme être aspirée dans un trou noir. La skyzophrénie à proprement parlé désigne tous les états mentaux qui présentent comme caractère essentiel la rupture de l'unité psychique du sujet. Celle dont est atteinte notre patiente est appellée skyzophrénie hébéphrénique, malheureusement c'est la forme la plus résistante aux thérapeutiques. Elle a aussi une forte tendance à la paranoïa. Pour elle le regard est important. Elle me parle souvent du miroir, de "eux" qui la dévisagent, qui se moquent d'elle sans parler. Elle évoque tout le temps sa "voisine", mais finalement elle a plusieurs voisins. L'une qui essaye de la faire sortir d'elle même, et les autres, tout aussi imaginaires, qui assistent au spectacle et la persécutent. Il faut qu'elle trouve un autre moyen de les battre, car faire une tentative de suicide ne peut qu'accentuer la volonter de sa voisine de la faire partir de son esprit. Elle aussi essaye de se défendre. Sa vie c'est son théâtre, son monde. Et elle ne veut pas le partager. Comme je le disais, il n'y a pas de traitement efficace contre ce type de skyzophrénie. Elle est toute seule. Enfin presque.
12:55 Publié dans Bavardage poétique | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note

Ecrire un commentaire